Ordonnances : la pilule risque de ne pas passer

L’actualité sociale a eu bien du mal à se frayer un chemin ces dernières semaines en dépit de quelques dossiers lourds tels que Tati, Whirlpool, GM&S, mais elle pourrait vite reprendre ses droits à en juger par les première annonces sur la méthode Macron.

Parmi les mesures proposées par le chef de l’État, les syndicats s’inquiètent à juste titre de la réforme du droit du travail par ordonnances. Le référendum à l’initiative de l’employeur, le plafonnement des indemnités prud’homales ou l’étatisation de l’assurance chômage sont autant de lignes jaunes que le nouvel élu compte bien franchir tout en se déclarant légitime pour le faire.

Mais, porté par un vote contre la perspective de l’extrême droite et non par une adhésion majoritaire à son programme, Emmanuel Macron aurait tort d’ignorer les avertissements lancés quelques jours avant son investiture et de se laisser griser par les encouragements de Pierre Gattaz.

Son choix de recourir aux ordonnances n’est pas du goût des syndicats. Ainsi la CGT « appelle solennellement Emmanuel Macron à renoncer à imposer de nouveaux reculs sociaux par ordonnance ou 49-3 ». Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière a aussi prévenu qu’« il y aura problème » s’il persistait à vouloir procéder de la sorte.

Mais du côté des syndicats qui n’étaient pas dans l’intersyndicale qui a combattu la loi Travail en 2016, la célérité et l’empressement annoncés de Macron ne font pas recette non plus. Les réformes envisagées « ne seront acceptables et acceptées que si, et seulement si, le nouvel exécutif respecte les fondements du dialogue social », a averti la CFTC. « Le recours aux ordonnances n’est pas, d’après nous, la méthode la plus adaptée pour légiférer, surtout quand il s’agit d’un sujet aussi sensible que la modification du Code du Travail », relève Luc Bérille pour l’Unsa dans une tribune publiée dans La Croix. Tandis que si le secrétaire général de la CFDT n’a pas critiqué le principe de la méthode de réforme par ordonnances, il critique le calendrier annoncé par Emmanuel Macron, qui veut aboutir dès l’été à une réforme du Code du Travail. « Je souhaite une discussion franche et ouverte, et je pense qu’il faut laisser le temps, j’ai un peu peur de la précipitation sur des sujets aussi lourds que ça », a déclaré Laurent Berger.
« Emmanuel Macron n’a pas du tout l’intention de brutaliser les Français » a tenté de rassurer Ségolène Royal qui s’est improvisée dans le service après-vente de la méthode Macron. « Comme nous tous, il a été choqué par l’usage du 49-3 par le gouvernement précédent. Ça ne sera pas sa méthode, ça je peux vous le dire », a-t-elle assuré… sans pour autant rassurer. L’ancienne ministre avait été tellement choquée que plus personne ne s’en souvient.

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